n quoi la problématique du           cancer  est-elle difficile à           border ?
François-Xavier Thomas : En règle générale, un cancer est très long à se matérialiser. C'est pourquoi, pour de nombreuses personnes, il est difficile d'admettre l'existence d'un agent potentiellement cancérogène dont on ne verra les effets que dans 10, 20 ou 30 ans.

Quelle est l'origine des cancers professionnels ?
FXT : Ce sont des cancers dus, soit aux produits chimiques manipulés, soit à des procédés de travail. Les produits les plus souvent rencontrés sont l'amiante bien sûr, mais aussi le chrome VI dans le traitement de surface, le trichloréthylène dans le décolletage et plus généralement dans le dégraissage des métaux, le cobalt associé au carbure de tungstène dans l'usinage des métaux durs, le béryllium, que l'on trouve dans la fabrication de bijoux de fantaisie et chez les prothésistes dentaires.

Comment savoir si l'on est concerné par la problématique des cancers professionnels ?
F
XT : Le premier repérage se fait à partir de l'étiquette des produits chimiques. Une tête de mort dans un carré orange, accompagnée d'une phrase de risque "peut provoquer le cancer" ou "peut provoquer le cancer par inhalation", respectivement appelée R45 et R49, signifie que le produit est classé cancérogène de catégorie 1 ou 2 par la CEE et que le décret du 1er février 2001 (ndlr : dit décret CMR) s'applique. Mais des procédés de travail peuvent aussi générer des agents cancérogènes. Le plus connu est l'usinage du bois dont les poussières peuvent provoquer le cancer de l'ethmoïde (ndlr : os du nez, deuxième cause de cancer professionnel après l'amiante).

Quels autres produits sont concernés et comment réagir ?

FXT : On peut également citer
le cadmium et les fibres céramiques

fréfractaires. Ajoutons à ces substances celles qui ont été reconnues par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer), parmi lesquelles : le formaldéhyde (communément appelé formol), les fumées des moteurs diesel, les poussières de silice, les fumées de soudure.

Bien souvent la substitution est possible par des produits moins dangereux. Dans le dégraissage des métaux, on peut, sous certaines conditions, substituer le trichloréthylène par des solvants A3.
Dans le cas d’un capotage, il faudra avoir conscience que la problématique persistera pendant les opérations de nettoyage et de maintenance.
Dans le cas du bois, tout repose sur une maîtrise de la ventilation.

Avec une ventilation, un capotage, réduit-on le risque à zéro ?
FXT : On diminue le risque quasiment à zéro. Mais il faut prévoir ce que l'on fera si l'aspiration, par exemple tombe en panne. Arrête-t-on de travailler, utilise-t-on des méthodes de travail différentes, protège-t-on les personnes? Tant qu'on n'a pas supprimé le produit cancérogène, le risque est toujours présent.

Que dire sur les peintures ?
FXT : Il existe des produits de substitution pour la quasi-totalité des peintures contenant des chromates de plomb.

Pourquoi les chefs d'entreprise doivent-ils se préoccuper des cancers professionnels ?
FXT : Il existe une obligation morale mais également réglementaire. Deux décrets s'appliquent. Le décret dit CMR, cancérogène, mutagène, reprotoxique (ndlr : ou toxique pour la reproduction) qui impose des mesures de prévention particulières, une analyse des risques, une étude des conditions de substitution possibles, la mise en place des protections collectives, individuelles, des consignes pour les opérations de maintenance.

Et il y a le décret du 23 décembre 2003 sur les risques chimiques. Les chefs d'entreprise doivent tout faire pour supprimer le risque.

Pourquoi la Cram encourage-t-elle les entreprises à lutter contre les cancers professionnels ?
FXT : Plus l'entreprise est petite, moins, en général, elle est sensibilisée aux mesures de prévention et c'est pour cela que notre cible d'intervention est essentiellement la PME voire la TPE. On s'est aperçu qu'elles ne connaissent généralement pas bien les mécanismes particuliers liés à la cancérogenèse, mais également qu'elles n'ont pas toujours une grande connaissance des produits chimiques ou procédés mis en œuvre dans leur établissement. Les techniciens conseils de la Cram sont là pour conseiller et apporter leur aide aux entreprises.

Quelle  est  la tendance aujourd'hui ?
FXT : Il faut savoir que lorsqu'on supprime un produit CMR, on se dégage de toute la réglementation qui va avec, d'une surveillance médicale contraignante à mettre en place. La substitution avance à petits pas mais elle avance.

François-Xavier Thomas
ingénieur chimiste
à la Cram Rhône-Alpes.

 

cancers professionnels
Un danger sournois
Chimie, métallurgie, bâtiment, menuiserie, décolletage, matières plastiques, ennoblissement textile... beaucoup de secteurs d'activités sont concernés par les cancers professionnels. Le risque existe mais n'est pas ou peu relevé dans le document unique d'évaluation des risques des entreprises. Une des raisons principales est certainement le fait que ces pathologies peuvent apparaître près de 30 ans après la fin des expositions. La Cram donne la priorité au repérage et à la prévention des cancers professionnels. Entretien avec François-Xavier Thomas, ingénieur chimiste.