Peut-on remplacer certains produits par d'autres moins dangereux ?
JPB : Oui. La démarche de substitution est essentielle. On a su remplacer l'amiante. Les fibres céramiques utilisées en isolation thermique industrielle sont assimilées à des substances cancérogènes pour l'homme. Elles peuvent être remplacées, dans certaines circonstances, par des fibres de verre moins dangereuses. Dans certaines peintures, des pigments à base de chromate de plomb, toxiques pour la reproduction, ont pu être remplacés par d'autres pigments organiques. Des décapants moins agressifs ont fait leur apparition avec des résultats satisfaisants sur le plan technique. Il existe de nombreux substituts au trichloréthylène assimilé à une substance cancérogène pour l'homme depuis juillet 2002.

La substitution donne-t-elle des résultats satisfaisants ?
JPB : De plus en plus de peintures à l'eau sont utilisées aussi bien en façades qu'en intérieur avec une grande satisfaction. Cette évolution devrait se poursuivre car une Directive européenne prévoit une réduction de 57 % des composés organiques volatils (COV) d'ici à 2010 dans les pays de la CEE. Dans ces préparations en phase aqueuse, la concentration en solvant est très faible (3 à 5 %). De même, il existe des huiles végétales sans solvant pour le décoffrage du béton, alors qu'autrefois, on utilisait des huiles plus ou moins riches en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), cancérogènes de catégorie 2, en particulier dans les huiles industrielles usagées ou recyclées.

Que pourrait-on améliorer pour favoriser la prévention ?
JPB : L'information et la formation des salariés et des responsables d'entreprise sont primordiales. La lecture de l'étiquetage et de la fiche de données de sécurité est essentielle pour évaluer les risques et mettre en place les actions de prévention adaptées. Cependant, certains termes ne sont pas toujours très compréhensibles. Le nom chimique d'un produit n'est pas toujours explicite pour l'utilisateur (soude caustique est plus parlant                        qu'hydroxyde de sodium). Certaines                        phrases de risques méritent des                       éclaircissements : ainsi "peut entraîner une                       sensibilisation par contact avec la peau" ne                       veut pas dire forcément grand-chose pour                        un non médecin alors qu'un libellé du type                        "risque d'allergie cutanée ou d'eczéma"                        paraît plus abordable. Le médecin du travail                        a un rôle important à jouer dans le                       domaine de la formation et de l'information                       des salariés.

        uels produits mettent la santé des salariés en         danger dans le BTP ?

JP Baud : Bien que depuis le 1er janvier 1997, l'importation et la mise sur le marché français de l'amiante est interdite, de nombreux salariés du BTP peuvent encore être exposés à ce risque. En 2002, 137 maladies professionnelles liées à l'inhalation de fibres d'amiante ont été reconnues dans le BTP parmi lesquelles des cancers du poumon ou de la plèvre. Le risque chimique est également très présent et peu d'entreprises y échappent. Nous avons recensé plus de 600 produits chimiques dans une entreprise de peinture et près d'une vingtaine dans plusieurs PME spécialisées dans les travaux de chauffage ou de couverture zinguerie. Le ciment, les peintures, les colles, les diluants, les dégraissants sont autant de produits susceptibles de provoquer des atteintes à la santé. Certains d'entre eux peuvent être particulièrement dangereux comme les décapants à base d'acides, de soude caustique ou de solvants. L'acide fluorhydrique, utilisé pour la rénovation de l'aluminium (balcons) peut provoquer des brûlures à retardement (plusieurs minutes après le contact avec la peau) avec de graves atteintes osseuses. Les préparations contenant de l'acide fluorhydrique sont étiquetées avec le pictogramme toxique (tête de mort) et leur emploi est interdit aux intérimaires et aux CDD.

Comment repérer le danger ?
JPB : Grâce à l'étiquette et la fiche de données de sécurité. Certains pictogrammes, tels que la tête de mort indiquant le risque toxique, sont évocateurs, d'autres comme la croix de Saint André pour le caractère nocif ou irritant sont moins évidents. Dans ce cas, la lecture des phrases de risques (phrases R) prend toute son importance. La fiche de données de sécurité, quant à elle, ne doit pas être confondue avec la fiche technique qui fournit les caractéristiques du produit et son mode d'application. Elle est remise par le fournisseur du produit lors de l'achat et à la demande du chef d'entreprise. Sa présentation normalisée comporte 16 chapitres qui apportent des informations sur les risques pour la santé de l'utilisateur, la conduite à tenir en cas d'accident et les mesures de protection collec tive et individu-
elle à prendre lors de la mise en œuvre,
du transport, du stockage et de l'élimination.

Quelle aide apportez-vous aux
entreprises ?

JPB : Des outils informatiques ont été réalisés
pour aider les entreprises à évaluer le risque
chimique. Notre service dispose d'un logiciel
permettant cette évaluation mais également
une synthèse claire, sur une page, des
informations essentielles de la fiche de
données de sécurité.


 
Jean-Pierre BAUD,
médecin du travail
Interview
Repérer
les produits dangereux
Jean-Pierre Baud est médecin du travail à l'APAS MT BTP mais aussi médecin conseil au comité régional Centre Est de l'OPPBTP. Depuis plus de 25 ans, il suit et informe les entreprises sur les risques dans le Bâtiment et les aide à lutter contre les maladies professionnelles. Rencontre.